Notes de théologie.J'avais l'intention d'écrire un article sur les aspects théologiques de la pratique spirituelle du labyrinthe. En cours d'écriture, j'ai eu le sentiment que ce n'était pas mon rôle et j'ai décidé d'abandonner cette démarche.Cependant, je laisse ici quelques réflexions de nature théologique qui pourront être utiles à certains lecteurs, et que je soumets sans vouloir prendre position ou influencer quiconque. La pratique courante du parcours du labyrinthe a tendance à évacuer les contenus spécifiquement chrétiens et à les remplacer par des notions et attitudes religieusement neutres. Ceci est conforme aux principes courants relatifs à la méditation transcendantale, laquelle tend aussi à évacuer les contenus en général. Cependant, on ne devrait pas oublier les méthodes traditionnelles occidentales de méditation, dans lesquelles on applique son esprit à des situations, des personnes ou des images concrètes. Ensuite seulement, à partir de celles-ci et avec leur support, on entre dans la prière proprement dite et dans la considération d'intentions pratiques appliquées aux situations réelles de la vie (ce qui semble complètement absent des pratiques courantes de méditation et de prière). La vie spirituelle doit être nourrie par un contact étroit et régulier avec les croyances et les mystères de sa propre religion, et avec les modèles de vie et les préceptes ou les conseils proposés par cette religion. On semble généralement considérer que le centre du labyrinthe est l'endroit où on rencontrera Dieu. Ceci est une notion très ambigüe. Dans les pratiques traditionnelles de prière, Dieu peut être rencontré partout, et le moment le plus important de la prière est probablement celui où on se met en présence de Dieu dès le début de l'exercice. Bien sûr, Dieu est spirituel, et sa rencontre ne sera pas nécessairement perçue : plus probablement pas. Les pratiques courantes tendent à valoriser toute expérience de nature mystique qui serait provoquée ou facilitée par le parcours du labyrinthe. Ceci peut être une orientation spirituelle dangereuse. Jung mettrait en garde contre le danger d'inflation psychique. L'expérience spirituelle vécue lors du parcours du labyrinthe peut résulter de la rencontre d'un archétype très différent de celui du Soi ou de Dieu, mais cependant aussi de nature numineuse. Il pourrait donc être prudent de recourir aux conseils d'une personne compétente et responsable. Une approche intéressante au parcours religieux du labyrinthe est celui du « jeu de rôle ». Oubliez toute signification intrinsèque du labyrinthe lui-même. Imaginez-vous être quelqu'un qui parcourt le trajet du labyrinthe. Votre imagination reconstruira complètement le labyrinthe en fonction de l'intention du personnage dont vous jouez le rôle. Êtes-vous un pèlerein ? Le labyrinthe est le chemin de Jérusalem (ou d'un autre lieu de pèlerinage). Êtes-vous Thésée ? Le labyrinthe est la prison très dangereuse du Minotaure. Êtes-vous un guerrier ? Le labyrinthe est l'approche du château que vous assiégez ou que vous défendez. Ê&tes-vous un paysan labourant son champ ? Le labyrinthe est le champ, le couloir est la ligne où est le sillon que vous labourez, ensemencez ou récoltez. Pour la personne qui joue ce rôle, le centre du labyrinthe n'a pas la même importance que pour les précédents : le seul élément important est le sillon que vous cultivez, dans la patience et l'humilité ; le centre n'est rien de plus que l'endroit où vous soulevez votre charrue pour sortir du champ en traversant les sillons. Cet exemple montre bien la grande variété des significations possibles du labyrinthe et de ses parties. L'attitude du jeu de rôle atteint profondément tant les significations particulières propres au sujet que l'assimilation extensive des détails relevant du rôle, en particulier les gestes et attitudes corporelles, qui sont involontairement mais irrésistiblement reproduits et qui sont directement et profondément reliés aux significations personnelles, incluant les attitudes religieuses et l'action de prier. Les rôles susceptibles d'être joués peuvent provenir de la vie personnelle du sujet, mais ils peuvent aussi être empruntés à la mythologie, à l'histoire, à la littérature, au cinéma... Ils peuvent même être empruntés aux contenus spécifiquement religieux de la religion du sujet, surtout lors d'activités ou événements organisés et animés par des organismes religieux. D'un point de vue religieux et théologique, les rôles joués par un croyant d'une religion particulière en parcourant le labyrinthe, devraient avoir un lien avec le contenu de sa foi. En particulier, et pour prendre un exemple extrême, la pratique chrétienne traditionnelle du Chemin de la Croix a un rapport très étroit avec la pratique du labyrinthe. Le rôle qui s'y joue (quoique seulement tentativement et compte tenu des différences, mais cependant dans l'esprit de l'Imitation du Christ) est celui du Christ dans cette situation particulière (le rôle joué peut aussi être celui d'une autre personne participant à cette action). Tout ceci doit se faire dans un respect profond à la fois des notions et contenus religieux impliqués, et de la foi et des attitudes personnelles du sujet. La structure rythmique particulière du labyrinthe utilisé pourra être exploitée dans la construction de scénarios de jeux de rôle plus élaborés. Des éléments particuliers du labyrinthe peuvent devenir le support d'actions ou de notions particulières. Les textes et prières traditionnels peuvent servir à l'élaboration de ces scénarios. Avant la construction d'un scénario de jeu de rôle, on doit faire l'analyse rythmique du labyrinthe utilisé. On trouvera plus d'information sur ce sujet dans mon livre. Il faut insister ici sur le fait que, pour un sujet religieux, la méditation EST prière, et que la pratique du parcours du labyrinthe peut difficilement se faire sans devenir une prière. De même, les scénarios de pratique du labyrinthe destinés à des croyants devraient être conçus explicitement comme prières (ou comme rituels religieux). Suite à plusieurs expériences dont j'ai été témoin ou qui m'ont été rapportées, je crois que les personnes spirituellement sensibles ou vulnérables ne devraient s'approcher du labyrinthe que dans le cadre d'un scénario explicitement religieux, qui puisse les protéger de leurs peurs et « démons » personnels (individuels ou collectifs) qui pourraient autrement être réveillés par le parcours du labyrinthe. En effet, le scénario « par défaut » du labyrinthe est le mythe du Minotaure, que tous connaissent. Ce scénario (ou un autre scénario possiblement déstabilisant pour cette personne) peut être activé, ce qui induira chez cette personne des états émotifs violents et irrationnels. Retour à l'accueil.
|